Shemagh, keffieh, ghutra : la différence n’est pas toujours claire, et pour cause, ces trois mots désignent la même famille de foulards de tête portés au Moyen-Orient. Ce qui les distingue, c’est surtout la région, le motif et la couleur. Voici un guide simple pour ne plus les confondre, et pour bien les associer à un qamis.
Sommaire
- Shemagh, keffieh, ghutra : quelle différence ?
- D’où vient le mot keffieh ?
- Le shemagh, le carreau rouge et blanc
- La ghutra, le blanc uni du Golfe
- Hatta, mussar, muzzar : les autres noms
- L’agal, le cordon qui tient la coiffe
- Matière, pliage et manière de le porter
- Avec quel qamis les porter ?
- Les erreurs fréquentes et l’entretien
- Questions fréquentes
Shemagh, keffieh, ghutra : quelle différence ?
Pour faire court : le keffieh est le nom générique de ce foulard carré, le plus souvent en coton ; la ghutra est la version blanche unie portée dans le Golfe ; le shemagh est la version à carreaux rouges et blancs, très répandue dans la péninsule arabique.
L’encyclopédie Wikipédia répartit les appellations selon les régions et les usages : on parle plutôt de « keffieh » chez les citadins d’Irak et du Levant, de « ghutra » dans le Golfe et la péninsule arabique, de « shemagh » chez les Bédouins de la péninsule, et de « muzzar » à Oman et au Yémen. Saudipedia, l’encyclopédie saoudienne en ligne, précise qu’en Arabie saoudite le shemagh est à carreaux rouges et blancs, tandis que la ghutra est blanche unie, en coton léger.

Autrement dit, la différence tient moins à la forme (un carré de tissu plié en triangle dans tous les cas) qu’à l’aspect et à la tradition locale. Un même homme peut d’ailleurs porter l’un ou l’autre selon la saison ou l’occasion.
D’où vient le mot keffieh (kufiya) ?
Le mot keffieh vient de l’arabe kūfiyya. L’explication la plus souvent avancée le rattache à la ville de Koufa, en Irak. Mais cette origine reste discutée : Wikipédia rappelle qu’un orientaliste du XIXe siècle, Dozy, le rapprochait plutôt de l’italien cuffia (une coiffe), et la version anglaise de l’encyclopédie évoque une possible étymologie populaire. Nous la présentons donc comme une hypothèse, pas comme une certitude.
Le mot ghutra, lui, viendrait d’une racine arabe liée à l’idée de « couvrir », selon Wikipédia. Quant à shemagh, il désigne avant tout le motif à carreaux colorés.
Le shemagh : le carreau rouge et blanc
Le shemagh se reconnaît immédiatement à son quadrillage rouge et blanc. Selon Saudipedia, il est devenu le couvre-chef le plus courant en Arabie saoudite depuis le milieu des années 1970. Comme la ghutra, il se plie en triangle, se porte avec le thobe et se coiffe d’un agal noir.
Son épaisseur et son motif lui donnent une allure plus marquée, plus chaleureuse aussi. C’est un bon choix si vous voulez une touche de couleur sur un qamis uni.

La ghutra : le blanc uni du Golfe
La ghutra est le foulard blanc uni, en coton léger, décrit par Saudipedia. On la voit très souvent dans les pays du Golfe, portée sur une petite calotte et maintenue par un agal noir. Saudipedia signale aussi l’existence de ghutras à motifs, jaunes ou blanches, portées en hiver.
Une tribune publiée par Arab News avance que les Saoudiens préfèrent le rouge et blanc tandis que les autres hommes du Golfe portent plutôt du blanc. C’est une tendance générale, à prendre avec prudence : les habitudes varient selon les familles, les occasions et les saisons.

Hatta, mussar, muzzar : les autres noms selon les pays
La famille ne s’arrête pas à ces trois termes. La version anglaise de Wikipédia recense notamment :
- hatta, un autre nom courant du keffieh ;
- chafiyeh, son nom persan ;
- mussar (ou muzzar), le nom employé à Oman, où l’étoffe se noue sur une calotte (la kumma) pour les occasions formelles, sans agal.
Ces variations montrent qu’il ne s’agit pas d’un accessoire figé : chaque région a adapté le foulard à son climat et à ses usages.
L’agal, le cordon qui tient la coiffe
L’agal (ʿiqāl) est un cordon en anneau, généralement noir, posé sur le foulard pour le maintenir. Wikipédia et Saudipedia le décrivent comme le complément habituel du shemagh et de la ghutra. Exception notable : à Oman, on ne le porte pas.

Sans agal, le foulard peut aussi être noué ou drapé autour de la tête : c’est d’ailleurs la façon la plus pratique de le porter au quotidien, en voyage ou par temps de vent.
Matières, pliage en triangle et manière de le porter
D’après Wikipédia, ces foulards sont surtout en coton, parfois en partie remplacé par de la viscose. Leur fonction première est de protéger la tête et le visage du soleil, du vent et du sable.
La mise en place classique, décrite par Saudipedia et Arab News, suit trois étapes :
- Plier le carré en triangle, pointe vers l’arrière.
- Poser le foulard sur une petite calotte (takeyah), qui l’empêche de glisser.
- Maintenir l’ensemble avec l’agal, posé au sommet de la tête.
Ensuite, chacun ajuste les pans à sa façon : relevés sur les épaules, rabattus sur le haut de la tête, ou laissés libres. Pour les méthodes de nouage sans agal, notre tutoriel pour nouer un shemagh en cinq façons vous guide pas à pas.
| Critère | Ghutra | Shemagh |
|---|---|---|
| Couleur | Blanc uni | Carreaux rouges et blancs |
| Tissu | Coton léger | Coton, parfois plus épais |
| Allure | Sobre, lumineuse | Marquée, plus colorée |
| Saison | Toute l’année, idéale par la chaleur | Toute l’année ; motifs d’hiver chez certains |
| Avec | Qamis de toutes couleurs | Qamis blanc ou uni pour l’équilibre |
Avec quel qamis porter un shemagh ou une ghutra ?
Voici nos conseils de style, à adapter à votre goût :
- Qamis blanc + shemagh rouge et blanc : l’accord le plus classique, avec un contraste net.
- Qamis de couleur douce (bleu ciel, vert d’eau, gris clair) + ghutra blanche : un ensemble harmonieux et lumineux.
- Qamis blanc + ghutra blanche : la sobriété totale, très élégante pour les grandes occasions.
- Évitez d’associer un shemagh très coloré à un qamis lui-même brodé ou à motifs : les deux se feraient concurrence.
Pour aller plus loin, notre guide pour porter un qamis saoudien avec shemagh, ghutra et accessoires détaille les associations, et notre article sur les styles du Golfe vous aide à reconnaître les coupes.
Selon l’occasion
Au quotidien, beaucoup d’hommes portent le foulard sans agal, simplement noué, ou s’en passent totalement. Pour une visite familiale, une fête ou l’Aïd, la tenue complète (calotte, foulard plié et agal) donne une allure plus cérémonieuse. Pour un mariage, la ghutra blanche bien nette sur un qamis blanc reste une valeur sûre, que vous pouvez compléter d’un bisht si la cérémonie s’y prête. Notre guide sur la tenue traditionnelle de mariage pour homme compare les options.
Les erreurs fréquentes et l’entretien
Quelques erreurs reviennent souvent chez ceux qui découvrent ces foulards. Les connaître vous évitera bien des réglages devant le miroir.
- Plier le carré de travers : si les deux pointes ne se superposent pas exactement, les pans tombent de façon inégale. Prenez le temps d’aligner les coins avant de poser le foulard.
- Oublier la calotte : sans elle, le tissu glisse vers l’arrière au moindre mouvement de tête.
- Choisir un agal trop large ou trop serré : trop large, il descend sur le front ; trop serré, il marque et devient inconfortable. Essayez-le toujours avec le foulard en place, puisque l’épaisseur du tissu compte.
- Confondre les codes régionaux : porter un shemagh avec un agal n’a rien d’« omanais », par exemple. Ce n’est pas grave, mais autant savoir ce que l’on porte.
- Négliger le repassage : une ghutra blanche froissée se remarque tout de suite, bien plus qu’un shemagh à motifs.
Pour l’entretien, la règle d’or reste l’étiquette : c’est elle qui indique la température de lavage et de repassage adaptée au tissu. Un foulard blanc se lave de préférence avec du linge blanc, pour éviter qu’il ne grisaille, et un foulard à carreaux rouges à part lors des premiers lavages, au cas où la couleur dégorgerait. Faites-le sécher à plat ou suspendu, sans le tordre, puis repassez-le encore légèrement humide pour retrouver un tissu bien net et un pli en triangle précis.
Rangez enfin vos foulards pliés, à l’abri de la lumière directe, qui peut, à la longue, ternir les couleurs. Un tiroir ou une boîte en tissu conviennent très bien.
Questions fréquentes
Shemagh et keffieh, c’est la même chose ?
Ils appartiennent à la même famille de foulards carrés en coton. « Keffieh » est le nom générique ; « shemagh » désigne en particulier la version à carreaux rouges et blancs portée dans la péninsule arabique.
Pourquoi la ghutra est-elle blanche ?
Par définition : la ghutra est la version blanche unie, en coton léger, décrite par Saudipedia. Il existe toutefois des ghutras à motifs portées en hiver.
À quoi sert l’agal ?
C’est un cordon noir en anneau qui maintient le foulard sur la tête. À Oman, on ne le porte pas : l’étoffe y est nouée sur une calotte.
En quelle matière sont-ils faits ?
Surtout en coton, parfois mélangé à de la viscose, selon Wikipédia.
Comment le porter ?
Plié en triangle, posé sur une petite calotte puis maintenu par l’agal. Sans agal, on peut aussi le nouer autour de la tête.
Pour composer votre tenue, découvrez nos qamis saoudiens, nos qamis émiratis et toute notre collection de qamis pour homme.
Sources
- Keffieh, Wikipédia : noms régionaux, matière, agal
- Keffiyeh, Wikipédia (en anglais) : variantes, Oman
- What Is the Difference Between Shemagh and Ghutra?, Saudipedia
- Ghutrah — who designed it?, Arab News, tribune (2013)
Crédits photos : Photo : Adnan Almohamad, Wikimedia Commons, CC BY 4.0



