L’agal : histoire, symbolique et comment le porter

Agal noir à double anneau, le cordon qui maintient le keffieh sur la tête

L’agal est ce double cordon noir qui maintient la ghutra ou le shemagh sur la tête, et il compte parmi les signes les plus reconnaissables de la tenue masculine du Golfe. Derrière cet accessoire d’apparence simple se cachent une longue histoire, des matières nobles et quelques règles de port que nous vous expliquons pas à pas.

Qu’est-ce que ce cordon ?

Le mot vient de l’arabe ‘iqāl (عقال), que l’on transcrit aussi iqal, egal ou igal. L’encyclopédie Wikipédia le décrit comme un cordon noir doublé, dont la fonction est de tenir en place le keffieh posé sur la tête. Concrètement, il s’agit d’une seule boucle de corde, repliée sur elle-même pour former deux anneaux solidaires : en agrandissant l’un, on réduit l’autre, ce qui permet d’ajuster l’ensemble à son tour de tête.

Il ne se porte jamais seul. Il vient toujours par-dessus un tissu de tête : la ghutra, généralement blanche, ou le shemagh, à motif rouge et blanc. Si vous hésitez encore entre ces deux coiffes, notre article Shemagh, keffieh, ghutra : quelles différences ? fait le point sur leurs noms et leurs usages.

Un cordon de tête noir originaire de Syrie, avec ses deux anneaux bien visibles. Photo : Adnan Almohamad, Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Des origines très anciennes

Le cordon de tête n’est pas une invention récente. Le site de référence du Fashion Institute of Technology de New York signale un buste babylonien, conservé au Metropolitan Museum of Art et daté de la fin du VIIIe ou du début du VIIe siècle avant notre ère, sur lequel on distingue déjà un anneau de ce type. Wikipédia rappelle également que des bas-reliefs et des statues du Proche-Orient antique en montrent, et que l’archéologue Ernst Herzfeld y voyait une coiffure propre aux Élamites.

Une explication revient souvent sur son origine pratique. Selon la notice du musée de la Rhode Island School of Design (RISD), il s’agissait au départ d’une simple corde que les Bédouins utilisaient aussi pour entraver leurs chameaux, avant qu’elle ne devienne un accessoire destiné à fixer la coiffe. Le Fashion Institute of Technology note de son côté que son nom rappelle celui de la corde d’attache des nomades, ce qui pourrait en être la source.

Son succès massif est plus tardif qu’on ne l’imagine. Le RISD Museum précise que le turban dominait jusqu’au milieu du XIXe siècle ; c’est ensuite que le keffieh et son cordon se sont largement diffusés, au point de devenir au XXe siècle un marqueur d’identité nationale dans de nombreux pays du Moyen-Orient. Les modèles ont aussi évolué : d’après les chercheuses citées par le FIT, ils étaient relativement épais avant de s’affiner.

Matières et fabrication

Traditionnellement, le cordon est fait de fibres animales. Le FIT cite trois matières principales :

  • le poil de chèvre noir, la matière la plus classique ;
  • le poil de chameau brun ;
  • la laine de mouton brune.

Wikipédia en français décrit sa construction : une corde serrée autour d’un noyau en laine de chèvre. Aujourd’hui, on utilise surtout un cordon fabriqué spécialement à cet effet, même si une corde ordinaire est encore parfois employée.

Les versions de prestige

Les hommes de haut rang portaient des versions plus raffinées. Les cordons des Bédouins aisés étaient en laine ou en poil de chameau, ligaturés de fil d’or à intervalles réguliers ; ceux des cheikhs pouvaient être en laine noire fine ou en soie, étroitement gainés d’or. Le RISD Museum conserve d’ailleurs un exemplaire de la péninsule Arabique daté de 1949, fait de brins de laine enveloppés de soie et de fil métallique doré, que sa notice présente comme un signe de richesse et de statut. Le British Museum possède quant à lui une pièce de 1974 en coton, soie et or, attribuée à l’Arabie saoudite.

TypeMatièreUsage
Cordon classiquePoil de chèvre noir, cordon manufacturéPort quotidien
Cordon brunPoil de chameau ou laine de moutonPort traditionnel bédouin
Cordon de prestigeLaine ou soie gainée de fil d’orNotables, cérémonies, pièces de musée

Où le porte-t-on ?

Wikipédia dresse une carte assez large de son usage traditionnel :

  • la péninsule Arabique, à l’exception du Yémen et d’Oman ;
  • l’Irak, la Jordanie et certaines tribus de Syrie ;
  • le Sinaï et la province de Charqiya en Égypte ;
  • le sud du Maghreb, où une variante appelée barim est portée par les Bédouins ;
  • le Khouzistan, en Iran.

L’exception omanaise est intéressante : à Oman, la tenue masculine associe la dishdasha à la kumma ou au turban, comme nous l’expliquons dans notre article sur la dishdasha omanaise. Aux Émirats, au Qatar ou en Arabie saoudite, en revanche, la ghutra et son double anneau accompagnent volontiers la tenue de cérémonie. Pour reconnaître ces variantes nationales, consultez notre guide Qamis saoudien, kandoura, dishdasha : comment reconnaître les styles.

Une ghutra blanche maintenue par un cordon noir, au Bahreïn. Photo : The original uploader was Shijaz at English Wikipedia., Wikimedia Commons, Public domain

Ce que dit l’agal de celui qui le porte

Au-delà de sa fonction, le cordon de tête a pris une dimension identitaire. Le FIT rapporte qu’en Irak, le fait de le porter sur le tissu de tête signalait l’appartenance tribale au sein des grandes confédérations du Sud, alors que les habitants de la région du Chatt al-Arab nouaient plutôt leur foulard en demi-turban. Ailleurs, la qualité de la matière, la présence de fil d’or ou la finesse du cordon indiquaient le rang social.

Wikipédia note par ailleurs que les souverains de Bahreïn sont connus pour des modèles particulièrement élaborés. Aujourd’hui, pour la plupart de ceux qui le portent en Europe, il s’agit surtout d’un accessoire d’élégance qui donne de la tenue à la coiffe et complète un qamis de style saoudien ou émirati lors d’un mariage, d’une fête ou d’une réception.

Comment porter l’agal, étape par étape

Le FIT résume le principe : le keffieh est plié en triangle, puis fixé sur la tête par le cordon. Voici la méthode que nous recommandons pour un résultat net :

  1. Commencez par une calotte. Dans les pays du Golfe, une petite calotte se porte généralement sous la ghutra : elle empêche le tissu de glisser.
  2. Pliez le tissu en triangle. Posez la ghutra ou le shemagh à plat, pliez-le en diagonale, la pointe vers l’arrière.
  3. Centrez la coiffe. Le bord plié se place sur le front, légèrement au-dessus des sourcils ; la pointe tombe au milieu du dos.
  4. Posez le double anneau. Placez-le sur le sommet de la tête, bien horizontal, sans l’enfoncer jusqu’aux oreilles.
  5. Ajustez les pans. Laissez-les tomber devant les épaules, ou rabattez-les sur le dessus de la tête pour un style plus moderne.
Les cinq étapes pour porter un cordon de tête sur une ghutra.

Pour aller plus loin sur les différents pliages, notre tutoriel Comment nouer un shemagh : 5 façons simples détaille chaque geste, et notre guide Comment porter un qamis saoudien vous aide à composer la tenue complète.

Choisir la bonne taille

Comme le diamètre des deux anneaux se règle l’un par rapport à l’autre, mesurez votre tour de tête par-dessus la coiffe déjà en place. Un cordon trop serré marque le front et déforme le tissu ; trop large, il glisse vers l’arrière au moindre mouvement. En boutique, essayez-le toujours avec la ghutra que vous porterez réellement : l’épaisseur du tissu change la sensation.

Les erreurs à éviter

  • Le porter sans calotte : le tissu glisse et le cordon finit de travers.
  • Le poser incliné : il doit rester parallèle au sol, vu de face comme de profil.
  • Le ranger écrasé au fond d’un sac : il se déforme. Gardez-le à plat, en cercle, dans une boîte ou sur une étagère.
  • Multiplier les effets : un cordon orné de fil doré se suffit à lui-même ; associez-le à une ghutra unie et à un qamis sobre.
  • Oublier l’ensemble : la coiffe doit s’harmoniser avec la couleur du qamis et des chaussures.

Côté entretien, le cordon se nettoie à sec : un coup de brosse douce suffit à retirer la poussière. Évitez de le plonger dans l’eau, qui risquerait de détendre la corde et de faire perdre sa forme au double anneau.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre agal, iqal et egal ?

Il s’agit du même accessoire. Ces orthographes sont des transcriptions différentes du mot arabe ‘iqāl, le cordon qui maintient la coiffe.

Peut-on porter un shemagh avec un agal ?

Oui. Le cordon se porte aussi bien sur la ghutra blanche que sur le shemagh rouge et blanc ; le principe de pose est identique.

En quelle matière est fait un agal ?

Traditionnellement en poil de chèvre noir, en poil de chameau ou en laine de mouton. Les modèles actuels utilisent généralement un cordon manufacturé.

Faut-il une calotte sous la ghutra ?

Dans les pays du Golfe, une calotte se porte généralement sous la ghutra. Elle stabilise la coiffe et évite que le cordon ne glisse.

Pourquoi l’agal est-il noir ?

Le noir correspond au poil de chèvre utilisé traditionnellement. Des cordons bruns, en poil de chameau ou en laine, existent aussi, ainsi que des modèles de prestige gainés de fil d’or.

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Sources

  • Agal (accessory), Wikipédia (anglais) : définition, matières, régions
  • Agal, Wikipédia (français) : fabrication et variantes
  • Agal, Fashion History Timeline, Fashion Institute of Technology (New York)
  • Man’s Head Rope (Agal), RISD Museum, notice d’objet (1949)

Crédits photos : Photo : Adnan Almohamad, Wikimedia Commons, CC BY 4.0 · Photo : The original uploader was Shijaz at English Wikipedia., Wikimedia Commons, Public domain

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